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Philosophie

A propos du tutoiement

J'ai rédigé et rédige les textes de ce site à la deuxième personne du singulier. Certaines personnes se sentent gênées par ce tu.

Au début, je ne l'avais employé que dans les textes de cette page "Philosophie". Je trouve que cela raccourcit la distance entre le lecteur (un randonneur) et moi (en tant que randonneur aussi). Et puis un de mes relecteurs m'a suggéré de mettre tu partout, en mettant la même raison en avant : cela rapproche l'artisan et le client.

Les anglophones n'ont pas cette distinction, c'est facile pour eux, pas de question à se poser. Alors je me suis dit que, si je me retrouvais en tête à tête avec quelqu'un - un marcheur qui sait ce qu'il achète - pour lui présenter mes produits, je le tutoierais. Justement pour être plus à l'aise et plus naturel au lieu de jouer au vendeur ou au commercial, ce que je ne suis pas. Je suis un randonneur qui fabrique des produits pour des randonneurs qui en ont besoin. Le tu es simplement là pour rappeler que nous discutons au même niveau entre deux passionnés du même milieu.

Ma vision de la randonnée ultra-légère

Posséder du matériel ultra léger ne doit ni être une mode, ni une fin en soi. C'est la possibilité d'être plus agile, plus rapide et surtout de prendre plus de plaisir à randonner. C'est un moyen d'oublier que l'on porte un sac à dos, de se libérer du poids pour relever la tête et profiter de l'environnement. Que l'on parte à la journée, pour un week-end ou sur plusieurs semaines, le poids en randonnée sera toujours l'ennemi du plaisir.

Etant né dans les Pyrénées, j'ai toujours randonné, souvent à la journée et au maximum sur deux jours avec bivouac, car le poids de mon sac à l'époque ne me permettait pas d'envisager raisonnablement des durées plus longues. Mon équipement n'était pas particulièrement lourd, mais n'était pas adapté pour les basses températures. En me tournant vers du matériel plus léger et adapté, j'ai peu à peu réduit le poids et la taille de mon sac, tout en augmentant sa plage d'utilisation.

Mais avant d'être léger sur mes jambes, il m'a fallu être léger dans ma tête. Par peur de l'inconnu, nous nous mettons naturellement des barrières. Ne vais-je pas mourir de froid si je dors à la belle étoile à 3000m d'altitude? Comment me défendrais-je des serpents sous une tente sans sol solidaire? Toutes ces questions trouvent leur réponse avec l'expérience, qu'aucun matériel ne pourra jamais remplacer.

L'expérience a autant sinon plus d'importance que le matériel dans la randonnée légère. Je l'ai acquise et continue d'apprendre en lisant et en pratiquant autant que possible. Je me suis forcé à me mettre dans des conditions difficiles, sous la pluie, dans le froid, pour me rendre compte qu'avec un peu de bon sens, il suffit de très peu de matériel pour profiter pleinement de la nature.

C'est grâce à cette expérience et un équipement optimisé que l'on peut, sans être un surhomme, traverser les Alpes ou les Pyrénées avec moins de 3kg sur le dos (hors consommables) dans le plus grand confort de marche et de bivouac.

Randonner ultra-léger, ça revient trop cher!

Le milieu de la randonnée est un milieu relativement modeste et doit rester accessible au plus grand nombre. Souvent j'entends des personnes dire: oui mais pour pouvoir s'alléger, il faut dépenser beaucoup d'argent! C'est à la fois vrai et faux.

Une personne qui découvre la randonnée légère va avoir tendance à remplacer tout son matériel actuel par l'équivalent ultra-léger. Faire sa "liste idéale", et acheter. Ca marche, mais d'une part, ça revient très cher, et d'autre part, cette personne se rendra compte tôt ou tard qu'elle n'utilise que la moitié de son matériel ou qu'il n'est pas adapté à sa pratique.

La démarche que je préconise consiste d'abord à ne rien acheter. Simplement randonner à son niveau en n'emportant que l'essentiel du matériel que l'on possède. Au cours de chaque sortie, utiliser le moins de matériel possible et ne pas l'emporter la prochaine fois. Jouer avec l'environnement (resources naturelles, terrain sec ou abrité) pour optimiser le contenu de son sac : 

- pourquoi emporter la chambre intérieure de sa tente en été dans un endroit où il n'y a pas de moustiques (100g d'isolant supplémentaires dans un sac de couchage apportent plus de chaleur que 600g de tente intérieure)?
- pourquoi ne pas laisser le grand arceau en fibre de verre à la maison pour le remplacer par des bâtons de marche, quelques haubans et un peu de bricolage?
- pourquoi prendre une gourde en alu alors qu'une bouteille en plastique pèse 10 fois moins?
- pourquoi se charger de plusieurs vêtements de rechange alors que des matières comme la laine mérinos peuvent être portées plusieurs jours sans sentir mauvais?
Plus on réduit le contenu de son sac à dos, plus on peut réduire la taille et le poids du sac lui-même. On peut même aller plus loin en donnant quelques coups de ciseaux. Avec un peu d'imagination et de lecture pour s'inspirer, on gagne très vite du poids sans dépenser un kopek.

Une fois cette étape franchie, et pas avant, on peut songer à investir dans du matériel adapté à sa pratique, passer au niveau supérieur et explorer les alternatives au matériel "traditionnel" : tarp, bivi, pied d'éléphant, barrière-vapeur...

En procédant ainsi, on évite d'acheter du matériel très cher qui sera utilisé trois fois et mis au placard jusqu'à sa revente. Les achats qui viennent par la suite sont raisonnés et répondent à un manque (j'ai eu froid cette nuit, il me faut une doudoune ou un duvet plus chaud) ou un besoin (je peux encore réduire l'encombrement de cet élément) plutôt qu'à une mode ou un coup de tête (c'est la tente la plus légère, je la veux!).

Bref, n'achète pas avant de randonner mais randonne avant d'acheter!

Guillaume